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Marie BODSON (1992)

Amour graphique : réduction, augmentation, substitution

(Chacun a son Amérique à soi,

et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire

qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas.

Andy Warhol, 1985)

Marie BODSON connaît l’art de la réduction, cet art de l’économie ultime et amoureuse, qui consiste à retrouver le plus petit dénominateur commun d’une forme, et même plus, d’une figure, pour en exalter une couleur et un contour, toujours uniques, mais aussi reproductibles à chaque regard jeté sur elles. À chaque coup d’œil en effet, la couleur réitère le champ initial auquel elle appartient et qualifie le regard, rappelant ainsi son unicité et sa perpétuité possible. Dans certains de ses dessins, les zones colorées, éclatantes et saturées, offrent une dimension troublante en plaçant sur un même niveau d’intensité tous les objets qui en sont affublés, leur conférant ainsi une équivalence déconcertante (que l’on pense à un dessin, où les mains et le visage distants les uns des autres se jouxtent sur un même plan coloré, ou que l’on pense à une broderie, où les traits d’un visage – nez, joues, fossettes etc. – se fondent en un seul réseau de mailles brodées de couleur unique). Les apparats devenus futiles des modelés, faits d’ombre et de lumière, s’éclipsent, pour que les figures ne soient plus sculptées qu’avec les traits abrasifs de la couleur.

Quand Marie BODSON coupe dans les papiers colorés, quand elle évide les surfaces de plaques de lino, et même, lorsqu’elle évoque des figures par la broderie (par un effet de négatif où les lumières sont des masses de fil de couleur et les ombres des surfaces planes noires et imprimées), sa plastique se figure par soustraction. Dans ce mouvement de substitution d’un signifiant (par exemple figuré) par un autre signifiant (partiellement abstrait), la chaîne des signifiants opère autant par ses formes visibles que par ses évidements. C’est ici un mot pour un autre, mais aussi, un mot moins un autre, augmentant par là-même l’étendue du territoire invisible. De la même manière, les compositions détaillées des environnements n’ont plus droit de cité dans ses dessins, car seules apparaissent, au cœur du blanc de la page, à l’ombilic de l’image donc, des figures ne présentant plus que les quelques signes qui font leur distinction.

La clarté graphique pure de Marie BODSON est un trait d’union. Sa vitesse d’exécution et sa profusion de dessins lui offre autant d’occasions de faire acte des liens, invisibles mais devenus réels, qu’elle actualise par la forme, avec les sujets qu’elle choisit. Dans chacune de ses images, on touche avec elle (du regard) ce qu’on voit : photographies de Pascal LEYDER, son amoureux, photographies de stars de la pop (dont elle est fan), ou autant de sujets qui font partie de l’archipel croissant des personnes qui lui sont chères. Avec Marie BODSON, dessiner (au carbone, en découpe de papiers colorés, en broderie ou en lino) s’apparente à saisir, dans la vitesse, des archétypes aussi personnels qu’amoureux, pour ne retenir que le degré ultime d’impact coloré et dessiné que ces figures élues produisent et retiennent.

Annabelle DUPRET

Août 2018