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Richard BAWIN (1955)

Richard Bawin chante dans une langue connue de lui seul mais que nous pouvons comprendre si l’on considère son phrasé en tant que notes sortant d’un instrument. Il joue au cow-boy dans un court métrage où il est question d’un duel avec un autre amateur de westerns, spaghettis et ardennais. Il fume des cigarettes roulées en prenant des poses à la Charles Bronson à l’entrée de l’atelier de peinture. Voilà pour le personnage et son décorum, mettons-le de côté pour parler du créateur de formes et de couleurs car Richard Bawin dessine, peint, grave. Il grave à puissants coups de gouges dans les linos, comme un bûcheron, avec force et précision, de grands personnages qui vous fixent dans leurs encres, qui vous retiennent prisonnier dans leurs bois hachés. Dans une série de collages remarquables, il reprend des images extraites de films, images qu’il surdessine et qu’il insère dans des architectures faites de traits emplis de couleurs, le tout sur fond noir. L’on y reconnaît La planète des singes, La fureur du dragon, Le jour des morts vivants, La tour infernale, Le bon, la brute et le truand, La vache et le prisonnier, le cinéclub de Richard n’est pas sectaire. Les images d’acteurs font corps avec les architectures, encastrées dans ce décor de briques. Les constructions ornées, cernées et coloriées se détachant des fonds éteints sont comme des bijoux graphiques, des pendentifs de papier, des décorations rutilantes, byzantines. Oui c’est Byzance, dans les aplats de couleurs et les formes circonscrites, les coupoles et les frontons, ces effets de mosaïques – manqueraient juste les dorures, rendues inutiles par les fonds noirs accentuant par contraste la luminosité des couleurs. Mais les saints et les saintes priées par Richard Bawin s’appellent ici Bruce Lee, Clint Eastwood, Alain Delon, Jean-Claude Van Damme, Tarzan, Jane ou Super Jamie. Vielsalm où œuvre Richard n’est pas Byzance, Constantinople ou Istanbul, encore moins Hollywood, mais les légendes prennent parfois naissance sur les terres les plus inattendues.

François Liénard